Un mois, une oeuvre
01/02/2021 Lieu : Bibliothèque Ceccano Public concerné : Tous
Description

Rés. 3060 : Traité du mensonge, par Mathieu Varille ; gravure de Jean Chièze. Lyon, M. Audin et Cie,  1937.

Mathieu Varille (1885-1963) était un homme de lettre lyonnais, très attaché à sa ville natale mais tout aussi charmé par la Provence et la Camargue. Il passait ses vacances près du château de Lourmarin et connaissait le marquis de Baroncelli. Ancien industriel en cartonnerie, Varille avait le goût des lettres, du beau papier et des belles typographies. 

Jean Chièze (1898-1975), originaire de Valence et formé aux Beaux-Arts de Lyon, créa des modèles de tissus puis fut professeur de dessin et, notamment, graveur sur bois. Ses différentes mutations durant ses années d’enseignement lui permirent de découvrir plusieurs régions, notamment la Corse, la Provence, l’Isère et la Bretagne, qui lui inspirèrent de nombreuses gravures.

Notre exemplaire de ce Traité du mensonge, tout petit ouvrage de format carré, est une édition hors commerce numérotée 409/500, pourvue d’une dédicace manuscrite de Mathieu Varille à son ami Albert Guétant, relieur lyonnais. 

Perse, an 1183 de l’Hégire. Le précepteur du fils du Châh s’exprime sur les impostures de l’homme et l’inconséquence de son comportement.  Le précepteur assure que la méditation et la poésie valent mieux que la lecture des livres d’histoire, tissus mensongers qui trompent l’esprit et affaiblissent le raisonnement. Considérant que l’homme n’est qu’hypocrisie, le précepteur affirme que le doute et la méfiance sont meilleurs conseillers que n’importe quel influent bavard prétendant détenir des certitudes. Cependant, le précepteur reconnaît qu’il vaut mieux mentir quand la vérité est insupportable…

Les acteurs, avocats, aventuriers, comptent parmi les plus menteurs. Le sourire des femmes, la coquetterie, la bienséance, l’humilité, la rêverie, sont autant de raffinements trompeurs et nécessaires. L’homme, victime de ses désirs et de ses illusions, s’égare lui-même dans une mascarade ayant le mensonge pour terreau, le mensonge comme vérité. L’important est d’apprendre au Prince à discerner les menteurs de qualité, afin de placer ceux-ci aux postes diplomatiques élevés, et mener ainsi une bonne politique…

Si, en faisant parler un précepteur, l’ouvrage de Mathieu Varille semble relever de l’art de donner des conseils, il n’en est rien : l’édification du prince persan est pure fantaisie ! Au terme de son livre, l’auteur annonce qu’il s’est ri de nous en écrivant ce recueil de « calembredaines » contradictoires : « Excuse mon bavardage, j’ai voulu sourire en un temps où il est de règle absolue d’être sérieux et triste. Ne cherche ni la clef de ce livre, ni les raisons qui me l’ont fait écrire, elles n’existent pas plus que les couleurs dont se parent les bulles de savon à la lumière du soleil. » Visualisez la couverture et les premières pages du livre en cliquant sur le lien suivant :

Le saviez-vous ? : Mathieu Varille a écrit des ouvrages sur la Provence, sur Lourmarin en particulier, et a notamment fait publier en 1946 un ouvrage intitulé Les peintres primitifs de Provence, qu’il avait d’abord conçu pour un usage personnel. Il s’agit d’un dictionnaire des peintres, qui comprend aussi des noms d’enlumineurs, de brodeurs et de verriers du milieu du 13e au milieu du 16e siècle. Avignon Bibliothèques possède 2 exemplaires de cet ouvrage, dont un envoi autographe de l’auteur